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Arrêtons de Croire, Commençons à Penser
Il y a une série de pubs très agaçante qui passe à la télévision française en ce moment. Une pub pour ING Direct, filiale de notre ING belge qui vante les mérites de leur nouveau livret d’épargne à 4,8%.
“Aujourd’hui il l’a fait. Il n’a pas acheté le dernier 4×4 avec un pare-chocs en titane.”
Sous-entendu, au lieu de ça, il a confié son argent à son banquier qui va gentiment s’occuper de son argent et lui faire apparaître 4,8% d’intérêts par an, comme par magie. Ben voyons! Disons plutôt qu’au mieux il s’assoira dessus en attendant des jours meilleurs, retardant ainsi l’arrivée de ces mêmes jours meilleurs (ben oui, ce n’est pas en investissant dans des matelas qu’on va relancer nos entreprises). Et au pire, il se servira de votre argent pour investir dans des produits dérivés douteux, dans des hedge funds qui exploitent la misère humaine, le dumping social et environnemental, et dans des grands groupes très sûrs mais assez libéraux sur la sécurité de leurs plateformes pétrolières (je ne vise personne). Et bien sûr il fera jouer l’effet levier qui lui permettra de prêter 10 fois votre mise (c’est-à-dire dépenser de l’argent qu’il n’a pas), et de réaliser des bénéfices substantiels avec lesquels lui, il s’achètera probablement le dernier 4×4 avec pare-chocs en titane avant de vous reverser un ridicule 4,8% l’an. Et bien sûr, vous pourrez continuer à râler sur la pollution, à envoyer votre petit chèque annuel contre la misère dans le monde, à manifester contre la réforme des retraites, et rester bien tranquillement chez vous à regarder les pubs de votre banque.
Monnaies Libres, Monnaies Fractales
Une interview très intéressante dans le rapprochement qu’elle fait avec la notion de fractale et avec l’énergie. J’avais d’ailleurs dressé le même parallèle dans mon post sur la finance énergétique l’année dernière. Ce qui est intéressant aussi, c’est que dans l’analogie avec les fractales, on peut imaginer que les monnaies alternatives puissent être perçues à différentes échelles dans plusieurs dimensions. Non seulement une dimension géographique avec les systèmes d’échanges locaux et les banques de temps régionales. Mais aussi une dimension thématique en fonction du type d’échanges que l’on veut encourager avec une monnaie donnée, qu’il s’agisse de services à la personne, de lien social, d’entrepreneuriat, mais pourquoi pas un jour utiliser une monnaie alternative pour échanger des biens?
Imaginez une plateforme qui vendrait de la monnaie libre (j’aime bien aussi cette dénomination, ça fait penser aux radios libres et à la notion de désobéissance citoyenne…) contre des euros ou des dollars, et qui utiliserait cet argent ainsi que les taxes de monnaie fondante pour acheter des biens de consommation sur le marché traditionnel (TV, voiture, etc.) et les revendre contre de la monnaie libre. Ce serait un bon moyen de s’interfacer avec l’argent-dette, de satisfaire d’autres besoins qu’il ne faut tout de même pas négliger. Et puis on pourrait choisir les biens mis à disposition sur la plateforme en fonction de critères éthiques: voiture écologique, TV durable, etc.
Qu’est-ce que vous en dites?
Nouveau Départ
Cela fait plus d’un an que ce blog est en sommeil. Devant le peu de réactions par rapport à notre initiative, je dois avouer que je me suis un peu découragé. Mais assez de justification, concentrons-nous sur l’avenir.
Depuis quelques mois, avec mon “émancipation” comme consultant indépendant, je recherchais une nouvelle forme d’espace de travail, plus ouvert, plus informel, moins guindé, plus moderne et plus tourné vers la collaboration. C’est alors que j’ai découvert le concept de Coworking, qui m’a tellement parlé que j’ai tout de suite cherché s’il existait un tel espace à Bruxelles. Et c’est ainsi que j’ai découvert le Hub. Et depuis février, depuis que je me suis inscrit comme membre, au-delà d’un espace, j’ai découvert les gens que pouvait attirer un tel espace, des gens ambitieux, des gens novateurs, des gens ouverts d’esprit, volontaires et actifs. J’ai aussi découvert des projets sociaux, alternatifs, des projets qui finalement rentrent pile dans le cadre d’évidence qui est à l’origine de betRway. Et plus je découvrais, moins je me sentais seul, plus la motivation revenait.
Et puis il y a eu jeudi dernier et cette conférences intitulée “Entreprendre sans argent – Une introduction aux monnaies complémentaires et le lien avec l’entrepreneuriat sociétal”. Pour moi ce fut ce que l’on appelle en Anglais un “AHA moment”. Ce n’est pas une ampoule, mais toute une batterie de projecteurs halogènes!
Il m’a toujours manqué une clé de voute dans le concept de betRway: il faut diversifier la nature des investissements et des retours sur investissements dans les projets entrepreneuriaux, mais comment chiffrer et réguler ces échanges? Comment faire en sorte que personne n’abuse du système et comment intégrer de façon pragmatique notre économie parallèle avec l’économie traditionnelle? Utiliser une monnaie existante comme le fait Kickstarter me semblait trop limité. Et j’avais la croyance qu’une monnaie virtuelle ne pourrait que reproduire les abus et les faiblesses de l’euro ou du dollar.
Mais cette conférence du Hub m’a permis de découvrir des exemples de monnaies alternatives d’une portée plus grandes que les Systèmes d’Echanges Locaux (SEL) qui ont toujours été trop locaux et “bas niveau” à mon goût. Des exemples qui marchent, d’autres qui ont échoué. Le WIR, les banques de temps, le Chiemgauer, les Creditos, les exemples ne manquaient pas, et surtout autour de chaque exemple, des gens sérieux, des pionniers, des économistes et des visionnaires dont je partageais à chaque fois l’analyse du système actuel.
J’ai beaucoup aimé l’idée d’une monnaie à intérêt négatif (ou monnaie fondante), c’est-à-dire une monnaie qui perd de la valeur avec le temps si vous la gardez, et qui encourage donc la circulation des valeurs et les investissements sur le long terme, et décourage la thésaurisation et la spéculation. J’ai beaucoup aimé l’audace d’imaginer un système complètement transparent, dans lequel chacun a un droit de regard sur l’ensemble des échanges. L’idée aussi que ces monnaies alternatives ne devraient pas remplacer l’argent, mais simplement permettre de diversifier les moyens d’échanges afin de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, et ainsi de créer de la résilience. Enfin j’ai découvert qu’il suffisait d’appliquer quelques règles simples à une monnaie alternative pour qu’elle ne permette pas les abus de l’argent-dette, et pour qu’elle reste ancrée dans l’économie réelle par opposition à l’économie financière.
Et puis surtout le débat qui a suivi la présentation et la projection des extraits du film “La Face cachée de la Monnaie” m’a permis de faire le lien avec une autre conviction: nous ne sommes qu’à l’aube d’une nouvelle ère où l’Internet va tout changer, de la politique à l’éducation en passant par l’organisation du travail, et bien sûr l’économie.
Tout d’abord, une monnaie alternative ne peut percer que si elle est acceptée par une communauté suffisamment grande, ce qui nécessite beaucoup de communication, de sensibilisation, d’éducation. Or il apparait vite évident que les média traditionnels que sont la télé, la radio ou la presse écrite sont tellement pervertis et embourbés dans l’économie traditionnelle qu’ils ne seront pas les premiers à se faire l’écho de tels mouvements alternatifs. Le seul canal suffisamment libre pour communiquer sur les monnaies alternatives et complémentaires, c’est l’Internet.
Ensuite, cette conférence m’a permis d’établir un lien entre le plafond local de nombreuse monnaies alternatives existantes et leur nature physique. En effet, comment assurer la transparence et réguler l’intérêt négatif, qui sont 2 des conditions indispensables au succès d’une telle monnaie, lorsque les billets circulent sur de trop longues distances et dans des communautés hors d’atteinte? Comment éviter les faux aussi, et la production excessive de monnaie qui créerait une inflation? Là encore, Internet est une solution idéale pour réguler et organiser une monnaie virtuelle ancrée dans l’économie réelle (ce qui en plus est une des choses qui m’intéressent le plus en informatique).
Enfin, si une monnaie alternative encourage la circulation et les échanges, encore faut-il qu’elle en ait les moyens. Que les différents porteurs de cette monnaie puissent facilement trouver des projets dans lesquels ils peuvent investir, des gens qui peuvent avoir besoin de leurs services, et inversement trouver de l’aide et des investisseurs. L’aspect communautaire est clé dans ce genre de mouvement forcément alternatif, surtout s’il ambitionne de dépasser les frontières d’un quartier, d’une ville ou même d’une région. Et bien sûr Internet peut offrir cette plateforme d’échange, cette place de marché.
Communiquer. Réguler. Echanger.
Trois besoins flagrants pour créer une monnaie alternative à grande portée, orientée d’abord vers l’entrepreneuriat technologique et l’innovation, et qui pourrait un jour aller plus loin. Voilà à quoi je rêve maintenant avec betRway. Et j’ai envie de commencer par le premier objectif: communiquer. Comme je ne trouvais pas de source francophone spécialisée dans les monnaies alternatives, j’aimerais que betRway.com devienne cette référence. A partir d’aujourd’hui, je vais donc parcourir le web à la recherche de ressources sur ce sujet, et les partager avec vous, ce qui nous permettra je l’espère de mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’un tel système et d’aller plus loin que l’introduction à laquelle j’ai pu assister au Hub. J’espère également que ce blog pourra participer au dialogue, que vous partagerez vos idées, vos craintes, vos impressions.
Et un jour, quand j’aurai la sensation d’être prêt, betRway.com deviendra une plateforme de régulation et d’échange, où chacun pourra se procurer ses… tiens d’ailleurs si vous avez une idée de nom pour une telle monnaie, je suis preneur. (J’avais pensé à des cubits, mais c’est peut-être un peu trop geeky). Et surtout tout le monde pourra utiliser cette plateforme comme point central d’échanges de cette monnaie. Vaste programme, me direz-vous. Oui ben on est là pour changer le monde, oui ou merde?!
Donc voilà, un nouveau départ, un objectif simple et à portée, des ambitions toujours aussi grandes mais galvanisées. Et on est repartis pour un tour.
Maintenant, à vos commentaires, remarques, suggestions, encouragements, voire plus si affinités…
Energetic Finance
I’ve been thinking about this idea for a few weeks, thinking about the current financial system, trying to figure out why it’s failing and how not to reproduce the errors of the past in the next one. And since I don’t trust politicians to step back and find that sort of radical creative solution, I thought “hey! why not share it with everyone on the Internet? Maybe it will ring a bell and create a debate.”
I’m a scientist, you know. Well, I’m not a mathematician or physicist, going crazy about equations and theorems. In fact, I’m a computer scientist, so I tend to see the world through models. In computers, you know it’s impossible to reproduce reality as it is. First, as a scientist you humbly know that it’s impossible because our perception is too limited to get a grasp on it. But also because computers are even more limited in the way they can represent the world. In a computer, there is no such thing as infinity or continuity. Computers are finite and discrete. So every programming project starts with thinking about a model to represent the local problem at hand (finitely) in a way that computers can understand and work with (discretely). The result of this process might not be ideal, but it doesn’t need to be. It just has to be good enough. And if it’s not, then we develop new tools and technologies to increase the complexity of our models and get them closer and closer to reality, even though we know that we will never get there. In mathematics, we call that an asymptotic trend.
Now of course there can be a lot of different models to represent the same system, the idea being to map concepts from the system onto concepts from your model, apply the rules inside your model, and extrapolate what is happening in the system based on that.
Now let’s say the global financial system is a closed physical bubble. In this bubble, there is matter and there is energy. Let’s say matter is everything we produce or extract, be it services, goods, food, etc. Then like in every physical system, there are a lot of different sorts of energy.
There’s kinetic energy, energy created by mass in movement. Kinetic energy is progress, be it social, technical, that is everything that makes our lives easier and buys us some time to do more stuff.
There’s mechanical energy, created by forces. Mechanical energy is work.
There’s potential energy of gravity, energy accumulated by a mass that lifts up. Potential energy of gravity is global intelligence, understanding of the world around us.
There’s electric energy, that needs wires, connections to flow. Electric energy is the social connections between people.
There’s magnetic energy, created when magnetic fields move around one another, especially electromagnetic fields created by the flow of electric energy. Magnetic energy is happiness, well-being.
There’s chemical energy, stored and contained within matter, released by chemical reactions with matter and other forms of energy involved. Chemical energy is innovation.
And last but not least, there’s thermal energy, heat, that you can inject into a system to increase its entropy. Heat is money.
Now given this mapping, there is one fundamental rule to remember about a closed physical system: nothing’s lost, nothing’s created, everything’s transformed. You can turn energy into matter and vice-versa, which also means that you can tranform one kind of energy into another.
So what does the current financial system look like? Globalization is a very complex system and since we were not able to handle this complexity, we created a model to represent it, to approximate it. Now I don’t pretend to be an economist, but the way I see it, this model is very simplistic: people work to turn services and goods into money, and that money is supposed to create progress. In terms of our model, this can be translated like this: we combine matter and work to produce heat, that is supposed to make us move forward.
Now I see several problems with that. First, it looks a lot like what an old steam engine does, a very old-school way to move, so “first-industrial-revolution”. Second, it’s not efficient at all, because a very important part of the heat we produce is lost into the atmosphere and in friction. And last but not least, I used “supposed to” on purpose: what’s the point in moving forward when it’s perfectly warm right where we are?
But wait a second! Where are people in my model? Well, the way I see it, people are the complex machines (remember, it’s a model!) that accelerate the transformation of matter into energy, of one sort of energy into another one, beyond what would happen if the whole system was left alone. People are colliding molecules, power plants, engines, stars. But we are also parts of the whole system, which means we can’t evade the fundamental rule of conservation: we need matter and energy for our own consumption in order to do what needs to be done. In other words, only a fraction of what comes in actually goes out. Otherwise we would be a 100% efficient engine, the myth of perpetual movement.
And in my humble opinion, that is exactly what we are pursuing in vain, which explains why our financial system tends to neglect people so much, leave them out of the equation.
Now don’t you think this model is a little too approximative? I think it is. And as a scientist, when my model fails, I analyze why it failed and I use that to build a more complex model that is closer to the real system. What this means is that the next system will have flaws, it might create other crises, but it should hold better and by the time it fails, we will have gone further, we will understand our world better, we will have progressed.
Now what will the next model look like? Well, obviously it should stop neglecting all those different forms of energy. Happiness, progress, social connections, innovation, they should all become integral parts of the equation, they should even be favored over the highly inefficient and misleading thermal energy. And we should all remember, that since nothing’s created and nothing’s lost, if we steal something on one hand, sooner or later, we’ll have to give it back. And if we artificially create energy where it doesn’t exist, the equation will balance itself and evacuate that surplus, sometimes violently.
Now this is just my own personal, humble and limited understanding and reflexion. I’d be very curious to know what YOU think. Where are the flaws in my model? Do you see examples of where the mapping works or doesn’t work? What should be the main rules of the next model?
